Une histoire de la modernité sonore

Une recension de Victorine de Oliveira, publié le

Que signifie faire du son un « objet de pensée » ? Se pencher sur les techniques d’écoute et de reproduction sonore en les prenant non pas comme le produit d’une évolution technologique (du moins pas seulement) mais comme le reflet d’une culture. On affirme naïvement que « le phonographe a changé notre façon d’écouter de la musique » ou que « le téléphone a bouleversé notre façon de faire des affaires », assumant sans le savoir une forme de déterminisme technologique. Il serait toutefois plus juste, note Jonathan Sterne, de voir à l’œuvre des « processus sociaux, culturels et matériels redondants, cristallisés dans certains mécanismes ». Dans cet ouvrage originellement paru en 2003 et devenu depuis un classique des sound studies, l’on croise tout un tas d’appareils étranges, de savants passionnés et de bricoleurs obstinés.

Prenez cet intrigant phonautographe. Comme on ose à peine l’imaginer, l’appareil se compose d’un châssis en bois où est vissée une véritable oreille humaine. Le but ? Retranscrire à l’aide d’une aiguille sur une plaque de verre des vibrations sonores. Si Bell et Blake n’auraient rien à envier au Dr Frankenstein, Sterne préfère voir dans ces balbutiements technologiques de reproduction sonore l’expression d’une prévalence de la « fonction tympanique ». L’oreille, au XIXe siècle, détrône la bouche dans notre rapport au son, et devient « un mécanisme exploitable – de manière instrumentale – à des fins diverses ». De quoi voir d’un autre œil nos téléphones portables désormais quasi « greffés » à l’oreille… 

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