Simone Weil
Une recension de Charles Perragin, publié le« Elle est lumineuse et pure, mais le masque est tragique », écrit Florence de Lussy. Ayant consacré sa vie à cette philosophe inclassable, elle aborde son œuvre en exégète. Le vocabulaire religieux est abondant pour décrire chez Simone Weil la formation d’un « nouveau feu de lumière », son dévouement au « culte de la connaissance », sa « conversion » à la philosophie enfin, le terme étant à entendre dans son sens grec : « tourner son regard vers ».
C’est tout l’enjeu du livre : la vie intellectuelle de Simone Weil, cette « partition aux mouvements si divers », est pour l’auteure entièrement constituée par la cohabitation de trois regards. Il y a d’abord le regard méthodique, hérité de René Descartes, le plus grand guide philosophique de Simone Weil à qui elle a consacré ses premiers travaux : le mémoire “Science et perception”. Il s’agit de la « puissance de bien juger » capable de percevoir les relations nécessaires qui régissent le monde. Ces yeux-là admirent le matérialisme de Karl Marx, et placent la valeur suprême dans la mathématique. Pour Florence de Lussy, le désir de vérité devient ainsi une foi qui requiert une « perpétuelle attention ».
Se superpose un deuxième regard, compassionnel. Encore une fois, l’auteure voit chez Simone Weil une puissance intérieure, « une capacité d’empathie peu commune », à l’origine de son militantisme parfois « agressif » : son projet d’éducation ouvrière, lorsqu’elle enseigne par exemple les vers d’Eschyle aux ouvriers de Rosière en 1936, ou son syndicalisme révolutionnaire. « Elle avait épousé le malheur », au point d’avoir parfois une certaine complaisance dans la compassion. La lucidité et l’empathie créent pour Florence de Lussy un faisceau de contradictions fécond. Comment croire à la causalité physique en refusant ses conséquences, comme la misère des opprimés ? C’est, selon elle, le point de départ de la quête du religieux, et du mysticisme de Simone Weil.
Il y a enfin ce dernier regard, celui qui doit croire que quelque chose en chacun peut s’affranchir de l’ordre causal : « il y a dans l’homme une valeur transcendante du monde », résume Florence de Lussy. C’est l’ultime conversion de Simone Weil, celle qui fonde une anthropologie optimiste avec l’individu comme ultime valeur : n’importe quel être humain peut pénétrer dans le « royaume de la vérité », même si ses facultés naturelles sont presque nulles.
Du foisonnement de la pensée de Simone Weil, des paradoxes qu’elle creuse, Florence de Lussy a cherché surtout à tirer un « tout cohérent », qui mène du militantisme au mysticisme dans une « progression continue selon une voie ascendante ».
☛ Pour aller plus loin sur Simone Weil, on lira aussi avec profit la revue Tumultes : « Oppressions et liberté. Simone Weil ou la résistance de la pensée », dossier dirigé par Pascale Devette et Étienne Tassin (Ed. Kimé, n°46 mai 2016).
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