Shōbōgenzō. Uji / Je suis temps

Une recension de Cédric Enjalbert, publié le

Ne plus regarder le monde depuis la berge, mais entrer dans son flux. Voici la promesse de ce classique japonais : Uji / Je suis temps. Issu d’un ensemble de quatre-vingt quinze fascicules consignés par le maître zen Dōgen, ce texte ésotérique du XIIIe siècle, traduit et commenté avec clarté, réforme notre vision du monde. Le réel serait constitué de phénomènes, les dharma« qui ne durent qu’un instant, se regroupent et se séparent ». Dōgen ébranle notre division linéaire du temps, héritée d’Aristote. Il affirme, comme l’écrit la philosophe Françoise Dastur dans une postface éclairante, « la non-extériorité du temps par rapport non pas seulement à l’être humain, mais à tout ce qui est ». Dans le volume, une œuvre contemporaine du photographe Hiroshi Sugimoto illustre cette théorie. Un seul cliché saisit les milliers de vues d’un film projeté sur une toile, dans un théâtre : un écran parfaitement blanc. Elle vaut comme métaphore de l’éveil bouddhique, soit une certaine compréhension du temps comme totalité et comme vacuité. 

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