Robert Musil. Tout réinventer
Une recension de Philippe Garnier, publié le« Il a vécu, il a travaillé, il est mort » : c’est ainsi qu’Heidegger résumait la vie d’Aristote, avec un certain dédain pour les travaux biographiques. Frédéric Joly le rappelle opportunément en ouverture de cet ouvrage. Que dire de la vie d’un homme qui s’est voué à son œuvre ? Que raconter sur Robert Musil, qui a consacré la plus belle part de ses années à écrire L’Homme sans qualités, roman essentiel du XXe siècle ? Frédéric Joly s’y est aventuré avec une grande clairvoyance. Il n’oublie pas que derrière de telles biographies, il y a la part nécessaire du « quelqu’un », des milliers d’anecdotes qui tissent le quotidien, mais il y aussi la part de « personne », au sens de l’effort constant de l’écrivain pour s’absenter du monde. Son existence se réduit parfois aux difficultés de l’écriture. C’est ainsi qu’il l’a voulue et qu’il faut la décrire.
« Plus les conditions de vie se détériorent, plus l’écrivain s’astreint à une discipline de fer »
Comment la Terre peut-elle continuer à tourner après 1918 ? C’est la question que se posent Hermann Broch et Robert Musil, alors proches de la quarantaine. Pour cette génération d’intellectuels, d’écrivains et d’artistes viennois, la Première guerre mondiale apparaît comme un basculement absolu. On quitte un monde de « hiérarchies naturelles » adossées à la croyance religieuse pour un univers dé-sublimé, où le « premier venu », comme le disait Baudelaire, peut prendre le pouvoir. Qui a le droit de faire quoi ? Qui est légitime ? Un nouvel ordre peine à s’édifier sur des croyances en ruine. La question de la valeur d’un individu, du crédit qu’on lui porte, de l’ascendant qu’il peut exercer sur ses semblables, est au centre de L’Homme sans qualités.
Sur l’enfance, sur la guerre, sur les relations complexes avec Freud, les liens avec le milieu artistiques, les amours et le couple, mais aussi sur la vie matérielle, souvent précaire, de Musil, Frédéric Joly a mis au jour une matière impressionnante. Plus les conditions de vie se détériorent, plus l’écrivain s’astreint à une discipline de fer. Une extraordinaire croyance solitaire en la valeur de ce qu’il fait : telle est la véritable aventure de Robert Musil, ce qui rend sa vie exemplaire en période de démolition accélérée. C’est cela que Frédéric Joly a entrepris, avec rigueur, finesse et talent d’écriture, de raconter.
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