Pour une théorie critique de la technique

Une recension de Agnès Gayraud, publié le

La philosophie nous a habitués à opposer la technique à l’homme en la concevant, soit comme un outil extérieur et disponible pour le rendre maître et possesseur de la nature, soit comme un Béhémoth effrayant, menaçant de le déshumaniser. Ce dualisme est trompeur et se révèle d’autant moins crédible que, selon Andrew Feenberg, « nous avons dépassé depuis longtemps le point au-delà duquel la technique prend le contrôle des contrôleurs ». Car cette prise de contrôle a déjà eu lieu : nous sommes « à l’intérieur de la machine », mais d’une machine humaine qui fonctionne selon une « hiérarchie enchevêtrée », entre « raison » et « expérience » ; coconstruction permanente entre rationalité technique, d’une part, et ensemble de pratiques, de goûts, de normes, de l’autre… Dans une prose claire et stimulante, Andrew Feenberg nous initie à une autre philosophie de la technique, où la critique est véritablement constructive.

 

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