Pour une écologie de l'attention

Une recension de Philippe Nassif, publié le

Il y a quelque paradoxe à signer un essai sur la chute de nos capacités d’attention en espérant qu’il trouvera quelques lecteurs… attentifs ! Mais ce paradoxe fait écho à notre expérience contemporaine. Le philosophe Yves Citton part en effet d’un constat : la logique de l’économie s’est renversée. Longtemps fondée sur l’idée de rareté, elle repose aujourd’hui sur un régime de surabondance, notamment de produits « cognitifs » (culture, information, entertainment). Ce qui est devenu rare, c’est « l’attention nécessaire à les consommer » et donc à les valoriser. Ainsi, nous ne payons pas avec des euros pour utiliser Google ou regarder TF1 mais avec nos ressources d’attention – monétisées à travers la publicité. Le propos de Citton est amplement ouvert aux centaines de travaux – d’économistes, d’artistes, d’anthropologues, de neuropsychologues, de philosophes – qui, depuis les années 1970, font émerger le thème de l’attention comme la catégorie centrale du capitalisme tardif. Il est aussi orienté par le désir de renouveler notre vision du politique : en suggérant, par exemple, que « plutôt que vouloir s’émanciper », il s’agit d’« apprendre à choisir ses aliénations », ses envoûtements. Autrement dit, passer d’une économie à une « écologie » de l’attention.

Sur le même sujet
Article
4 min
Michel Olivier

En 1944, l’économiste Karl Polanyi pointait le processus libéral qui, au XIXe siècle, émancipa l’économie de tout contrôle étatique. Or la régulation de l’économie est aujourd’hui devenue impérieuse face aux menaces sur l…




Article
2 min
Cédric Enjalbert

La reconfiguration des modes de pensée et de connaissance à l’ère numérique étaient au programme des deux journées de réflexion organisées par l'Institut de recherche et d'innovation, lundi 17 et mardi 18 décembre. Frédéric Kaplan,…


Article
2 min
Martin Duru

Tout serait virtuel… Simulacre, artifice, les artistes s’inspirent de Baudrillard pour dénoncer la culture du faux, tandis que les économistes s’appuient sur ses analyses afin de démonter les démesures du capitalisme.