Parcours 2 (1990-2017): Théorie de la rationalité - Théorie du langage

Une recension de Antoine Rogé, publié le

On aurait beau jeu de présenter Jürgen Habermas en philosophe d’État un peu consensuel, isolé dans sa tour d’ivoire académique. Si elle est particulièrement ardue, la lecture de ces deux tomes de Parcours, qui compilent des inédits du penseur allemand le plus important de l’après-nazisme, donne pourtant une certaine impression d’héroïsme. Philosophe du langage et théoricien d’une déconstruction de la raison moderne, Habermas est aussi ce jeune homme inquiet grandi pendant la guerre, hanté par les dangers de l’irrationalité et la nécessité de « rester normatif ». Là est le courage du philosophe : occuper la ligne de crête consistant à déjouer les conséquences politiques et morales du relativisme tout en admettant un relativisme de principe ! Même dépouillée de sa prétention à être le « miroir du monde », la raison conserve toute sa place en présupposant un « agir communicationnel ». Cette théorie centrale, inspirée par le pragmatisme anglo-saxon, vise à fonder l’accord démocratique sur la communication, décrite à partir des attentes et interactions des locuteurs dans le cadre d’une conversation ordinaire (la volonté de trouver un accord, manifeste dans l’écoute mutuelle et l’effort pour exposer des arguments). Le débat argumenté est donc possible et souhaitable parmi les hommes malgré la déconstruction des catégories fondamentales de la pensée : tel est le fil rouge de ces textes, souvent engagés et consacrés à l’histoire de la métaphysique, à la sociologie, au cosmopolitisme, qui témoignent de la culture encyclopédique de l’auteur… malgré son manque de pédagogie.

Trad. de l’allemand C. Bouchindhomme, F. Joly, V. Pratt et R. Rochlitz / Révision et réactualisation du premier tome F. Joly

 

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