Nietzsche

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En 1950, Walter Kaufmann, commentateur américain de Nietzsche, suggérait de faire du philosophe un « penseur de problème ». On pourrait aller plus loin et parler d'une « pensée à problèmes », dont la séduction même peut conduire à bien des malentendus. Car, à lire l'œuvre de celui qui définissait le style comme un art de « communiquer la tension intérieure du pathos », la tentation est grande de tomber dans l'identification en y projetant nos propres affects. Quant à l'approcher, pour éviter tout contre-sens, uniquement à partir de ses concepts (tels, par exemple, le surhomme ou l'éternel retour), ce serait en faire un système contraire à l'esprit profondément anti-dogmatique de la philosophie nietzschéenne.

Entre la totale empathie et l'objectivité abstraite, se dessine pourtant un « art de bien lire »  Nietzsche auquel cette monographie propose de nous initier. Et c'est au cœur même de l'œuvre du philosophe qu'Emmanuel Salanskis trouve le secret de cet art qui, tel que le définit Nietzsche lui-même, consiste à « savoir déchiffrer des faits, sans les fausser par l'interprétation ». De son premier opus, La Naissance de la tragédie, en 1872, jusqu'à sa récupération par le nazisme et les relectures contemporaines de son oeuvre, c'est à la fois la fécondité et la « dangerosité » du penseur de la « transvaluation de toutes les valeurs » qui apparaît, dès lors qu'on s'en tient à la bonne distance. De quoi mettre en perspective, et par nous-mêmes, la mission de cet esprit libre qui, parce qu’il a fait du philosophe le « détenteur du développement de l'homme dans son ensemble », s’est exposé au tragique de l’incompréhension. 

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