Mélo

Une recension de Philippe Garnier, publié le

Dans Mélo, la capitale fait peau neuve à travers trois personnages : un syndicaliste qui prépare son suicide la veille du 1er mai, un chauffeur éboueur congolais qui se métamorphose en prince de la nuit, une vendeuse ambulante asiatique écumant les grands boulevards juchée sur des rollers. Sur l’asphalte ou au volant, on ne se rencontre guère, on se croise, on croise le reflet de l’autre, on tient un objet qu’il a tenu. Mélo se déroule en triptyque, sans intrigue centrale mais avec une tension constante, une surprise qui jaillit de la langue et de l’image. Le sapeur congolais achète à la colporteuse  chinoise un briquet qui projette sur le mur un hologramme de femme nue et blonde, et cela suffit à l’apaiser en attendant le grand soir de la compétition. Une fois sur scène, dans une boîte black de Montrouge, parmi d’autres sapeurs chaussés de Berluti ou de John Lobb, le boueux devenu dandy s’engage dans une somptueuse joute vestimentaire et oratoire.  Quant au syndicaliste, c’est l’un des rares amis blancs du champion en blazer croco. Sur les raisons de son suicide, dans une Xantia garée près de la fourrière de Saint-Ouen, nous n’obtenons que des indices fragiles. Sa transfiguration à lui n’aura pas lieu. Barbara la Chinoise, elle, se défonce pour la marchandise. Cette guerrière du trottoir vend des sprays rafraîchissants pour payer ses cours dans une école de commerce. Mais sa vie amoureuse est suspendue à un message qui ne vient pas.

Un lien ténu suffit à tisser le roman de ces destins séparés. Ce qui les rassemble ? La solitude, l’appartenance à la périphérie, donc au vrai monde. La ville entasse les hommes et exacerbe leurs passions. Elle les nourrit de fantasmagories sans cesse plus minces. Paris est un laboratoire de l’évitement, une machine à produire des cloisons de verre et des vies parallèles. Par sa structure même, c’est cela que montre Mélo. Mais une énergie jubilatoire, brillante, l’irrigue : « Je creuse mes joues avec le cigare en bouche, fais rouler mes épaules et les yeux des spectateurs. Je garde mon self-control, essaie de n’avoir l’air ni trop arrogant ni trop sévère. Je veux paraître ferme mais sympathique, beau mais accessible, intouchable mais humain, noir mais congolais … »

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