In a lonely place : Ecrits rock

Une recension de Agnès Gayraud, publié le

Mais quand, un an après le suicide de Curtis en mars 1981, Michka Assayas chronique dans Rock & Folk l'album Unknown pleasures, il est un des quatre rares chats à défendre ce groupe en France. Lorsqu'il décide cinq ans plus tard, à l'âge de vingt-cinq ans, d'arrêter net la rock critique, il croit même la cause de cette musique totalement perdue. Les Smiths, les Pogues, the Jesus and Mary Chain ou Dexys Midnight Runners lui semblent alors, en dépit de la valeur fondamentale de leur proposition esthétique, voués à rester dans les recoins les plus obscurs de l'histoire, avant d'y être tout à fait oubliés. Les années quatre-vingts sont plutôt à la fête, au funk de Kid Creole and the Coconuts et aux bandeaux sur le front de Mark Knopfler. On croit à Sting et à Phil Collins plutôt qu'à ces jeunes gens angoissées aux figures de carême. Le recul, puis les conditions d'accès nouvelles aux archives de la musique populaire, ont changé la donne. Il est alors passionnant de lire aujourd'hui les textes d'un jeune homme de vingt ans qui apprit à aimer cette musique seul, et forgea son amour de la pop music comme une expérience absolument intime, à la limite parfois de l'onanisme. Les Beach Boys, New Order, John Cale, mais aussi U2, grande passion du critique, sont ici abordés dans une série d'articles qui sont autant de déclarations privées sur le rock à l'usage de chacun. Défendant « une certaine idée de la critique rock intimiste et existentialiste », obstinément subjective, méprisant le « confort d'écoute » qui rend tout « fun » et « sympa », le jeune Michka Assayas trouvera aujourd'hui des émules, en particulier chez ceux qu’écœure une presse musicale à la traîne du buzz, plus avide de fédérer autour de chroniques rédigées par des attachés de presse que de prendre vraiment position. 

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