L'Islam, l'occident et l'avenir

Une recension de Agnès Gayraud, publié le

Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, le monde musulman est majoritairement celui des colonies, Israël n'existe pas encore, et Mustapha Kemal Atatürk a fait de la Turquie avant guerre le pays musulman le plus occidentalisé du monde. « En ces jours prématurés », le grand historien anglais a pourtant la curiosité et la lucidité de prendre acte du « choc de l'Occident qui ébranle déjà l'Islam en profondeur ». Si le monde islamique fut longtemps victorieux contre l'Occident médiéval avec l'échec final des Croisades chrétiennes, c'est, depuis deux siècles, la civilisation occidentale qui a entrepris « l’incorporation de toute l’humanité en une grande société unique », lançant aussi bien contre le monde de l'Islam une « attaque concentrique » alimentant le « présent conflit entre les deux civilisations ». Quelles formes prend ce conflit et quelles en sont les conséquences possibles ? Telles sont les questions fondamentales que Toynbee affronte, n'hésitant pas à comparer ce phénomène moderne à celui de l'influence de l'hellénisme antique sur l'Orient. Il mesure ainsi avec une acuité rare l' « étendue des destructions psychologiques provoquées sans mauvaise intention, mais inéluctablement, par la pénétration occidentale » et formule l'alternative tragique à laquelle le monde islamique s'est trouvé confronté : entre « hérodianisme » (mimer l'occidental) et « zélotisme » (refuser de s'adapter, donc être exterminé). Anticipant la révolte du « prolétariat cosmopolite » musulman qui conduira à la décolonisation, voire le retour d'un âge héroïque islamique dont se prévaut aujourd'hui le Djihad moderne, Toynbee place en même temps ses espoirs dans un Esprit de l'Islam capable de réinvestir la pointe de l'histoire « en faveur de la tolérance et de la paix », car « l'extinction des haines de races entre musulmans est un des accomplissements moraux les plus considérables de l'Islam ». Un texte passionnant, aussi érudit que visionnaire. 

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