Les cent derniers jours
Une recension de Victorine de Oliveira, publié leLa Roumanie de Ceausescu pourrait ressembler à un théâtre de Guignol, n’étaient les fuyards lacérés par les tenailles de pièges à loup et les dissidents déchiquetés par les chiens de la Securitate. Sur fond de communisme grisâtre, les marionnettes s’épient, trafiquent de rares denrées, élèvent la déclaration creuse au rang d’art, transforment la violence en administration. Les petits arrangements avec soi, la morale et l’histoire se dissimulent derrière une formule à la Bartleby : « pas à proprement parler… »
Ce n’est pas à proprement parler que le jeune professeur d’anglais appelé à l’université de Bucarest à l’automne 1989 assiste passivement au délitement d’une dictature. Fréquenter la fille d’un ministre, c’est déjà prendre parti… à moins que le Parti ne travaille déjà lui-même à sa lente déréliction. Ce n’est pas à proprement parler que Cilea affiche, sacs de luxe et parfums couteux à l’appui, son dédain pour le mauvais goût socialiste. Elle se languit d’un ancien amant… devenu marchand de filles moins chanceuses. Ce n’est pas à proprement parler que Léo prospère en roi du marché noir, de la manigance et de la beuverie anesthésiante. Sa ville, il ne se contente pas d’en parasiter l’économie souffreteuse, il l’aime et la sauve en la cartographiant, travail de Danaïde face aux bulldozers d’un régime où « l’avenir est sûr, mais c’est le passé qui change tout le temps ». Ce n’est pas à proprement parler que l’on vit en Roumanie.
Dans un pays où la Parodie a plié bagage en laissant la pancarte « Fermé, pour toute question veuillez contacter la Réalité », les héros ont déserté depuis longtemps. Ceux qui restent n’en portent que le déguisement, glorieux et prolétaires par devant, vessie gonflée de bière et champagne par derrière, vidée à la gloire des « Remous de l’Histoire ». Parodie, Réalité, Mensonge, Vérité : tels sont les personnages principaux du roman de McGuinness, et pas sûr que la chute des Ceausescu en rende les contours plus nets. « Le bordel a changé de nom, mais on a gardé les vieilles putes » : chez les Camarades, tout finit par une bonne blague, à la fois grasse, triste et vraie.
Le lundi de Pentecôte approche. En attendant, des écoles de Toulouse et Montpellier ont été mises en demeure par le ministère de l’Intérieur de communiquer le…
Depuis quelques années, la presse écrite fait face à des difficultés croissantes : crise du kiosque, concurrence des réseaux sociaux, explosion des prix…
Le vaste mouvement antiraciste qui se manifeste dans le monde entier après le meurtre de George Floyd marque le retour de la politique, gelée…
Derrière ce génie de la Renaissance disparu il y a cinq cents ans, Patrick Boucheron voit l’enfant apeuré, fasciné et terrorisé par l’eau,…
L’écrivain martiniquais prétend que “la philosophie ne [l]’inspire pas”, désirant se “saisir du monde”, non par le concept, mais par la poésie. Pourtant, cet auteur qui pense entre les langues tente, dans son œuvre et ses engagements –…
Après avoir vécu neuf ans avec un cancer au cerveau, l’écrivain et psychanalyste Patrick Declerck a subi une opération chirurgicale à hauts…
Est-il possible d’écrire l’histoire immédiate sans trahir ses acteurs ? Telle est la question que pose la diffusion dans les médias d’enregistrements de l’ex-président Sarkozy, réalisés par son conseiller.