Le psychanalyste apathique et le patient postmoderne
Une recension de Agnès Gayraud, publié leLa psychanalyse freudienne pèche-t-elle par excès de froideur? Faut-il pour soigner aujourd'hui les souffrances de l'âme opter pour un modèle « empathique » où le psychanalyste abandonnerait sa traditionnelle neutralité silencieuse? Laurence Kahn en doute, non par esprit de réaction, mais au vu de la dispersion même du dispositif psychanalytique que plus d'un demi siècle de réaménagements a peut-être vidé de tout son sens.
Le psychanalyste apathique n'est pas un livre contre les ennemis de la psychanalyse : il s'agit plutôt d'un livre contre l'acquiescement, « plus insidieux et plus redoutable », de ceux qui ont intégré ses idées nouvelles en « diluant ses significations » au point de les rendre inoffensives.
Il y a près de soixante-dix ans, l'essai de Theodor Adorno, La Psychanalyse révisée, dénonçait déjà les dérives théoriques de Karen Horney et d'Erich Fromm, qui accommodaient la théorie freudienne en une orthodoxie lisse et facilement consommable, où se trouvait gommée, comme par enchantement, la « face sombre de l'homme: sa cruauté, son irrémissible détresse, sa propension naturelle à l'anéantissement, bref, la 'réalité inhumaine' de l'humain ».
« Laurence Kahn en fait apparaître l'ecclectisme problématique, y compris dans la perspective concrète de la thérapie »
Plusieurs décennies de remise en cause de la psychanalyse freudienne aidant, cette logique de réajustement s'est trouvée renforcée. Dans un travail à la fois érudit et polémique, l'historienne et hélleniste de formation Laurence Kahn se propose d'en mesurer les conséquences. Dans un contexte d' « ouverture » au pluralisme théorique au sein des pratiques psychanalytiques, deux « paradigmes », explique-t-elle, se sont imposés : d'une part, l'« empathie » du psychanalyste avec le patient. D'autre part, le présupposé du caractère fictif des « constructions psychiques » des patients.
Pour échapper au reproche de froideur, voire d'autoritarisme de la neutralité apathique du psychanalyste, on a préféré le modèle « plus humain » d'une « conversation libre », mais sans mesurer les conséquences thérapeutiques d'un tel dispositif sur le phénomène du transfert. Pour échapper au reproche de prétention injustifiée à la scientificité, on a opté pour une herméneutique postmoderne des expériences psychiques, conscientes ou subconscientes, en se concentrant sur les « narrations », les « fictions » de la psyché, sans plus rapporter l'analyse au socle que constituaient encore chez Freud la sexualité infantile et la théorie des pulsions. Coupée du sens profond de ses concepts, la psychanalyse « ouverte » s'est transformée en pragmatisme postmoderne : un ensemble de techniques de mise en cohérence du « Self » qui pèche, de son côté, par de multiples incohérences.
À travers une analyse érudite et dense de l'histoire récente des multiples réagencements de la théorie freudienne, Laurence Kahn en fait apparaître l'ecclectisme problématique, y compris dans la perspective concrète de la thérapie. Le débat qui se poursuit là sur l'avenir de la psychanalyse a beau être assez technique, il n’en reste pas moins important pour n'importe quel individu pouvant avoir affaire aux thérapies psychiques et comportementales actuelles.
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