Le chant du Kraken
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Le mythe, selon l’historien des religions Mircéa Eliade, a pour fonction de « rapporter comment quelque chose a commencé à être ». Celui du Kraken, ce « monstre ultime » des fonds marins, semble toutefois mettre à l’épreuve une telle définition : lui-même « sans commencement et sans fin », de quelle création pourrait-il bien être le récit ? A lire son Chant du Kraken, l'historien de l'art Pierre Pigot nous rend pourtant à cette évidence : venue des légendes du Nord pour aller cuire sous le soleil hollywoodien de nos actuels blockbusters, cette masse tentaculaire ne cesse de s'immiscer à travers les brèches de notre imaginaire. Et c'est dans les abysses ancestrales de notre psyché que l'auteur, habitué jusque-là à nos héros modernes de dessins animés (on lui doit L'assassinat de Mickey Mouse et de Apocalypse Manga, parus respectivement en 2011 et 2013, aussi aux PUF), veut nous plonger ici.
« Longévité légendaire et ferment de l'imagination, qu'il excite d'autant plus qu'il résiste à la raison, le Kraken ne surgit des profondeurs que lorsque la “vie psychique tremble”»
Loin du « catalogue » tératologique ou des « récits de rêveurs », cet essai ramène à la surface celui qui le premier donna ses lettres de noblesse à l'informe créature : le poète anglais, Alfred Tennyson, qui faisait craquer, dans un sonnet de 1830, le nom de « Kraken » contre la mollesse de son corps endormi. La sonorité cassante des consonnes n'a ainsi d'égale que la plasticité de la matière de la créature : le naturaliste Linné s'y est lui-même cassé les dents en la rangeant tant bien que mal, dans sa Fauna Suecica (1746), sous le titre de « singulare monstrum » ; un siècle plus tard, Hermann Melville trouvera, quant à lui, dans cette « vaste masse pulpeuse » de quoi exalter le merveilleux littéraire « d'une vie surnaturelle, née du hasard ».
Longévité légendaire et ferment de l'imagination, qu'il excite d'autant plus qu'il résiste à la raison, le Kraken ne surgit cependant des profondeurs que lorsque la « vie psychique tremble » : « plus le triomphe du monde et de la société résonne sur notre planète, analyse Pierre Pigot, plus les forces souterraines bandent leurs pinces et leurs tentacules, et s'introduisent par tous les interstices, faisant craquer toutes les parois de notre monde ». Explosant nos carcans, l'auteur dote la froide indifférence du monstre marin d'une profondeur infinie : faisant jaillir le reflet de notre douloureuse origine, il fait ainsi chanter au Kraken l'énigme de notre propre création.
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