La traversée des catastrophes. Philosophie pour le meilleur et pour le pire

Une recension de Catherine Portevin, publié le

À quoi sert la philosophie face aux catastrophes de l’existence, littéralement « ce qui prend mauvaise tournure », le malheur qui vous tombe dessus, la maladie, la déchéance et la mort de l’être aimé ? Pierre Zaoui tend un fil fragile entre la vie et la pensée, ne renonçant ni à l’une ni à l’autre pour un livre qui tient à la fois du journal de survie et du manuel de philosophie. Confronté à la perte, qui est toujours aussi perte de soi, l’auteur résiste autant à la délectation morose ou morbide « du poil, de la crasse, de la boue » qu’à leur transfiguration dans l’ivresse du concept, fût-il sombre. Nulle rédemption : une catastrophe, la catastrophe qu’est la vie, ne se surmonte ni ne se sublime ; elle se traverse et nous laisse « fêlés ». La joie de Spinoza, la grande santé de Nietzsche, la fêlure de Deleuze servent de fragiles fils d’Ariane. Ce livre donne à entendre la voix propre d’un auteur, mais il marque aussi l’éthique d’une génération, touchée de plein fouet par le sida. 

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