La pensée extrême. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques

Une recension de Victorine de Oliveira, publié le

La commémoration des attentats de janvier 2015 apporte son cortège de publications, mais il s’agit ici de la réédition d’un ouvrage paru en 2009, augmenté d’une préface et réactualisé. Dans un contexte post-Charlie, creusé du deuil des attentats du 13 novembre, cet essai du sociologue Gérald Bronner propose une réflexion aussi limpide que dérangeante. « L’extrémisme isole l’individu des autres hommes, mais pas de son humanité », affirme-t-il : autrement dit, il doit être étudié non comme une folie, une pathologie ou une aliénation mais comme dans sa rationalité. S’intéressant moins à un éventuel terrain social prétendument favorable qu’aux processus cognitifs qui mènent des individus tout à fait sains d’esprit au fanatisme et au radicalisme, Bronner décrit dans un premier temps les caractéristiques de la pensée extrême pour ensuite dégager les étapes et les mécanismes susceptibles d’y plonger le plus rationnel d’entre nous. Car, affirme-t-il, « le cerveau de l’extrémiste fonctionne comme celui de Monsieur Tout-le-monde : il a besoin de raisons pour croire et renforcer sa croyance ». Dans un effort de définition long et précis, Bronner propose une convaincante typologie des pensées extrêmes en fonction de leur caractère transsubjectif – la « capacité [d’une idée] à s’exporter vers d’autres esprits » - et sociopathique – « qui implique une impossibilité de certains hommes à vivre avec d’autres ». Quant à la plongée dans l’abîme, elle se fait progressivement, comme on monterait « une escalier dont les premières marches sont toutes petites ». La démarche cognitiviste de Bronner dresse ainsi en creux les caractéristiques des valeurs qui autorisent le « vivre-ensemble ». Le sociologue a été chargé par l’État de réfléchir aux méthodes et enseignements délivrés par les centres de déradicalisation.

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