La Muette

Une recension de Victorine de Oliveira, publié le

Sous son nom poétique, La Muette cache une réalité glaçante : cette cité construite dans les années 1930 dans la banlieue nord-est de Paris offrit ses murs au camp d’internement de Drancy entre 1941 et 1944. Après la guerre, on en fit l’une des premières HLM. Les gardiens nazis et leur sadisme ont peut-être disparu, le sentiment d’enfermement et d’exclusion pas tellement. La Muette abrite encore bien des soupirs résignés, des cris de désespoir, des vies abîmées. Journaliste et philosophe, Alexandre Lacroix aurait pu consacrer un reportage ou un essai à ce lieu hanté qu’il a parcouru non pas en enfant des lieux mais en promeneur curieux, sans jamais chercher le « message édifiant ». Le romancier a préféré la fiction, peut-être parce que la morale, comme souvent dans le réel, y navigue en zone grise. Ses personnages, Nour et Elsa, sont avant tout des voix au parler tranchant, chacune à sa façon : le premier cause à un inspecteur façon « j’m’en bats les yeuks », la seconde à un historien pour raconter ses souvenirs de jeune fille déportée. Tous deux disent un présent qui lui non plus ne passe pas.  

Sur le même sujet
Article
2 min
Ben Metcalf

Dans cet extrait des dernières pages de “Walden ou La vie dans les bois”, Henry David Thoreau explique pourquoi il a quitté sa cabane et son lac…

“Walden” commenté par Alexandre Lacroix