La main de Joseph Castorp
Une recension de Victorine de Oliveira, publié leDepuis le « petit village au nom de mammifère » où s’est installé la docteur Augusto Mendes, l’écho de la révolution des Œillets paraît bien lointain. Le 25 avril 1974, un coup d’Etat ébranle la dictature salazariste, mais au fond de la campagne portugaise, « trou du cul du monde » que même les serpents fuient, ce sont deux poules qui tombent les premières pour la démocratie : la soupe est servie. Sous le prisme de l’événement, Joao Ricardo Pedro diffracte l’histoire d’une famille en multiples faisceaux : pas de chronologie linéaire, l’auteur préfère la fragmentation de chapitres à l’autonomie propre. Cousus ensemble, ils composent un patchwork virtuose de silences, de souvenirs d’enfance et de guerre d’Angola, de fierté brisée. Au lecteur, sur fond d’Histoire, de recomposer l’enchainement des histoires, de reconstituer ce que la mémoire forcément subjective des personnages morcelle, élude ou grossit démesurément.
« Nietzsche voyait en l’art une illusion nécessaire, vitale, susceptible de ne pas nous laisser “mourir de la réalité” »
Un ami qui écrit des lettres de Paris, Pékin, Le Caire, parce qu’il a jeté Camoes et le Portugal aux orties (« seul un pays misérable peut avoir un poète bigleux pour héros national »), un médecin amateur de Bach, une professeur de chant dont les seins « entre mai et septembre […] rappelaient certains madrigaux de Monteverdi », un fils pianiste prodige, « notre Duarte », qui joue Beethoven « comme celui qui résout les jeux de l’avant dernière page du journal »… les personnages foisonnent avec pour pivot l’énigme d’un tableau peint par une femme amputée. Au delà de la politique et des évènements historiques à peine suggérés, c’est la puissance réparatrice de l’art qui est à l’œuvre. Les blessures d’une guerre stupide, un cancer qui grignote le corps, le repli forcé, sont autant de réalités qu’une correspondance romanesque, un prélude de Bach ou un autoportrait saisissant, soignent et conjurent. L’idée n’est pas nouvelle, Nietzsche voyait en l’art, et tout particulièrement la musique, une illusion nécessaire, vitale, susceptible de ne pas nous laisser « mourir de la réalité ».
Il fut un temps où le Portugal envoyait ses caravelles à la conquête des océans. La réalité du Portugal, pendant et peu après le régime de Salazar, a bien de quoi faire fuir, voire mourir. Au tour du premier roman magistral de Joao Ricardo Pedro de panser et penser un pays malaimé, malmené.
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