La Démocratie universelle. Philosophie d'un modèle politique
Une recension de Catherine Portevin, publié leVoici un ouvrage qui met les idées au clair. Nous croyons savoir ce qu’est la démocratie, tant il nous semble évident qu’elle est pour tout homme le seul régime politique souhaitable. Son expansion mondiale devrait donc être un processus inéluctable, quasi naturel, autant que serait naturel le désir de liberté de tout homme. Pourquoi alors l’installation de la démocratie demeure-t-elle si problématique dans de nombreuses parties du monde, pour de nombreux « tout homme » ? Serait-ce l’universalité de ce modèle politique qui est à remettre en cause ? Imposer la démocratie par la guerre ou par la colonisation n’a-t-il pas atteint le cœur du projet démocratique ? Ou est-ce la définition même de la démocratie qui s’est affadie, affaiblie, au point de devenir indéterminée, y compris sous les tropiques occidentaux quand les inégalités croissantes sont vécues comme autant de reculs de l’idée démocratique ?
Remettre en ordre toutes ces questions, assez entortillées il faut bien l’avouer, est le projet de Florent Guénard, dans cette synthèse approfondie. Il reprend en particulier le corpus à partir duquel s’est pensée, surtout depuis la chute du mur de Berlin, la question de l’expansion démocratique, non tant de la démocratie que de la démocratisation. Tenant d’un côté toute l’histoire de la philosophie depuis Platon, et de l’autre les théories plus récentes des sciences politiques, il propose un parcours ambitieux. L’ouvrage est utile, s’étudie plus qu’il ne se lit, mais explore une thèse intéressante sur le « modèle politique » ou comment l’on peut distinguer un ensemble de normes institutionnelles (par exemple l’élection au suffrage universel des gouvernants) de l’aspiration démocratique des peuples. À la suite des travaux de l’anthropologue de la mondialisation Arjun Appadurai et de la réflexion d’Étienne Balibar sur « l’égaliberté » et les universels, il défend une position non dogmatique : les dégâts qu’a pu faire la prétention occidentale à s’imposer d’en haut comme incarnation du bien démocratique ne signifient pas qu’il faille renoncer à une certaine universalité d’un « modèle », du moins à le reconnaître dans les significations que « tout homme » lui donne de par le monde et des attentes qu’il suscite.
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