À la cyprine
Une recension de Alexandre Lacroix, publié leCela faisait dix ans qu’on attendait la suite de son autoportrait, Fou trop poli. Dix ans, c’est beaucoup dans la vie d’un poète, d’un écrivain, d’un homme. Comment le Belge Eugène Savitzkaya s’est-il occupé durant cet intervalle ? A-t-il passé le temps au lit, respectant à la lettre le programme subliminal de son dernier opus ? Peut-être, à s’en fier au titre du recueil qu’il fait paraître en ce printemps. À la cyprine. Hum… J’avoue que je ne savais pas ce que c’était, la cyprine. La définition du Larousse noie le poisson : « Variété bleue d’idocrase. » Une pierre, vraiment ? Étymologiquement, cyprine signifie « qui vient de Kypros, de Chypre ». Voilà qui nous met sur une piste : Aphrodite est née de l’écume de la mer, dit le mythe, et les vents l’ont poussée vers les rivages de Chypre. Mais achevons ce préliminaire : la cyprine, c’est le liquide qui coule entre les jambes d’une femme lorsqu’elle désire. La poésie érotique est un genre dans lequel Verlaine et Calaferte ont brillé par le passé, mais Savitzkaya y apporte un tour de sa façon : il se sert du lexique comme d’une source autonome de plaisir. « Dis-moi les noms latins de la fraise et de l’huître », demande-t-il à l’aimée dans un poème. Dans un autre, il lance cette exclamation démodée : « Vertuchou ! » Ailleurs, il convoque pour l’accompagnement musical « l’orphéon des tiques ». « Orphéon », Larousse connaît : « société chorale de voix d’hommes ou de voix mixtes d’enfants ». De la « dure-mère », il fait une interjection, mais cette fois Larousse n’est pas d’accord : « Dure-mère, nom féminin : Feuillet le plus externe des méninges tapissant toute la paroi interne du crâne. » Et quand il plante une scène campagnarde, Savitzkaya la tourne à la plaisanterie : « Massons les blondes d’Aquitaine », s’écrie-t-il, montrant qu’il s’y connaît en vaches. En somme, l’auteur, dont le nom contient une suite de trois lettres glorieuses tandis que je porte ma croix, n’a de cesse de s’amuser avec les ressources fortuites ou méconnues de la langue. Un poète, c’est quelqu’un qui n’utilise pas le langage pour communiquer, c’est-à-dire pour transmettre des messages. La langue, il la considère comme une réserve de sons et d’images. Et l’on comprend ce qui fait la force de Savitzkaya depuis ses débuts : non seulement son vocabulaire est très concret, comme l’ont souvent noté ses commentateurs, mais les mots chez lui sont doués d’une vie presque organique.
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