La constellation du chien
Une recension de Philippe Garnier, publié leLa fiction post-apocalyptique est devenue un genre, dont La Route de Cormac McCarthy est le plus récent chef-d’œuvre. Après la catastrophe, les ressources s’épuisent et les survivants s’entretuent. La barbarie qui s’instaure tient lieu d’utopie inversée. Puisant dans les désastres réels du XXe siècle, cette littérature s’est enrichie de la prophétie écologique qui nous la rend presque familière et vraisemblable. Mais le grand spectacle façon Mad Max fait place aujourd’hui à une veine plus intériorisée qui privilégie la vie quotidienne, les affects et les valeurs morales du « monde d’après ».
L’esprit de Robinson Crusoé se marie au consumérisme complètement désarçonné de la middle class américaine
La Constellation du Chien est un cauchemar bucolique, raconté sur un rythme de country blues. Quelque part dans le Colorado, après une épidémie de grippe qui a détruit la quasi-totalité de l’humanité, tandis que le réchauffement et ses miasmes mettent en péril l’écosystème, Bangley et Hig ont organisé leur survie. Le doigt sur la gâchette, Bangley la brute descend toute créature humaine qui s’aventure dans les parages. Seul contre tous dans un état de guerre absolue, il n’épargne que son compère Hig qui « sécurise le périmètre » du camp retranché en survolant le territoire dans un vieux Cessna 182. « J'ai un voisin. Un seul. Nous deux sur un aérodrome de campagne à quelques kilomètres des montagnes… » L’histoire est racontée par Hig, qui ne se résout pas à cette routine infernale. Ex-poète et romancier, nostalgique du couple et de la société humaine, il se ressource tant bien que mal dans les vestiges de la mère-nature et part pêcher la truite avec son chien Jasper. Tandis que Bangley extermine les intrus, Hig réprime la tentation de nouer des liens avec des survivants épars, jusqu’à ce qu’un message le pousse à prolonger son vol au-delà de sa réserve de carburant…
La prouesse de Peter Heller consiste à lier étroitement l’atmosphère de Jugement dernier à la banalité de la vie quotidienne. Le retour à l’état sauvage s’accompagne de la quête désespérée des quelques canettes de coca-cola subsistant à la surface du globe. L’esprit – biblique et protestant – de Robinson Crusoé se marie au consumérisme complètement désarçonné de la middle class américaine. L’interdit du cannibalisme est contourné avec mélancolie : la chair des victimes humaines servira, toute gêne surmontée, à nourrir le chien. Mais la finesse du roman tient surtout à sa part affective et sensorielle. La jouissance macabre en est absente. Hig, qui incarne une sorte de « bon civilisé », essaie de reconstruire une sphère humaine. Ses instants contemplatifs dans l’enfer de la survie sont d’une touchante sincérité. Si ce roman se détache d’une longue lignée de scénarios d’apocalypse, c’est sans doute par la douce et déroutante philanthropie qui en émane.
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