La Chimie des Trajectoires
Une recension de Philippe Garnier, publié leÀ la fin de Lord Chandos, de Hugo von Hofmanstahl, le narrateur évoque un scarabée qui se noie dans un seau d’eau. Cet événement infime fait naître en lui un vertige métaphysique. Plus l’animal est petit, plus sa vie et sa mort semblent insignifiantes, et moins l’homme se sent au centre de l’univers. Les insectes sont des alliés de la crise de l’anthropocentrisme. Ce décentrement qui met en danger l’humanisme est le moteur de La Chimie des trajectoires, le dernier roman de Laurent Quintreau.
Ici, c’est une mouche qui, au fil des trente-trois jours de sa courte vie, s’invite dans le dédale intérieur d’un immeuble parisien. Nous partageons avec elle une première scène : un étudiant schizophrène contemple le duel à mort d’une mante religieuse et d’un frelon d’Asie. Puis le texte se construit comme le champ visuel de la mouche : en une succession de micro-épisodes diffractés dans le temps et l’espace. Porté par cette minuscule caméra ailée, le récit se donne comme une voie tracée dans l’infini des choses descriptibles et des situations racontables. Poursuivant ses arabesques volantes à la recherche de miettes de gâteau et de particules de graisse, la mouche croise d’autres habitants de l’immeuble : une boxeuse hantée par les meurtres crapuleux, un cadre sup qui se révèle être le père indifférent du jeune schizophrène, une actrice sur le retour et toute une série de citadins isolés par un mode de vie calculateur. Tandis que ces solitudes accumulées préparent la voie d’une catastrophe à venir, la mouche, elle sent sa fin venir et cherche à pondre ses œufs.
« La mouche décloisonne ce que l’humain enferme »
La mouche décloisonne ce que l’humain enferme. Si la fourmilière est une métaphore de l’État totalitaire et si la ruche est la parabole d’une société libérale bien huilée, la mouche, elle, invite au désordre et propose des connections aléatoires. Son vol en zigzag déplace les atomes, fait communiquer les espaces, amène l’imprévu et la contingence. Elle érode les certitudes sociales, elle fraye la voie à un infini débat. Ce n’est pas tant l’homme roi de l’univers qui est pris à partie dans ce livre, mais l’homme citadelle, le grand enfermé, celui qui ne sait plus entrer en contact avec ses semblables. Depuis Marge brute, Laurent Quintreau construit ses romans comme un faisceau de points de vue qui divergent sur la même réalité et qui finalement la dissolvent. Le dépaysement qui en résulte met en question, à chaque fois, ce que nous avons l’habitude de percevoir comme réel.
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