Jongleries

Une recension de Victorine de Oliveira, publié le

Le ténor star Rolando Villazón est plus habitué des rayons de disques côté bel canto que des étagères de libraires. Pour une première entrée en littérature, c’est aux côtés des clowns Macolieta, Max et Claudio que Villazón se lance sur la piste. Leurs Jongleries animent un roman à mille lieues de l’auscultation de nombril coutumière du milieu vocal.

Comme entre les époques et les compositeurs (il chante aussi bien Haendel  que Mozart, Verdi ou Massenet), Villazón gambade entre les références, de l’Oulipo au matérialisme en passant par Descartes et Leibniz. Un joyeux foutoir ? En apparence seulement.

Macolieta est un clown écrivain : pour qui a déjà vu Villazón en concert, cela devrait rappeler quelqu’un… Son double de papier, Balancin, lui sert de défouloir, de déversoir. La frontière entre les deux se brouille sans cesse, qu’il s’agisse de leurs amours ou de leurs douleurs, sur scène notamment.

« A ce jeu d’identités, clowns et philosophes sont rois, les uns habitués des masques, les autres appliqués à les faire tomber par amour de la vérité »

À ce jeu d’identités, clowns et philosophes sont rois, les uns habitués des masques, les autres appliqués à les faire tomber par amour de la vérité. Après une séance de nausée sartrienne matinale, Macolieta arrive à la conclusion que « nous nous réveillons toujours recouverts de la peau d’un autre. Seule la foule des fantômes qui nous habitent reste la même. Et au diable monistes, dualistes et cyclistes dans leur camion ! » Ce qui ne l’empêche pas de se demander : « qui sont tous ceux que je suis ? » Une question vieille comme la philosophie agrémentée de quelques pitreries et jeux de mots. Le tout monte le décor d’un univers fantasque et burlesque, personnel et original. On y commente la mort d’une araignée comme à l’opéra, en s’écriant : « Horreur ! » Le moi passé par toutes les langues - « I. Ich. Io. Yo » - devient un yo-yo, jouet qui monte et descend comme les souvenirs. Des souvenirs qui crissent bien sûr  – « Crac cric crac ».

Pour Villazon, clown et clowneries ont une dimension philosophique (« pataphysique », dirait-il). Tours et maquillage sont la métaphore d’un artiste en quête de lui-même, occupé à jongler entre ses multiples facettes quand d’autres lui courent après avec des étiquettes. « Tu te demandes s’il est possible de se forger une identité en navigant sur cette incertitude existentielle » : avec la littérature, Villazon vient peut-être de trouver une autre voix(e). 

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