Je cherche l'Italie

Une recension de Mehdi Belhaj Kacem, publié le

« Rien n’atteint à la hauteur du ton, à la netteté du trait – qui traverse de part en part sans même faire saigner – à la gaîté féroce et enjouée de Marx journaliste », écrivait Julien Gracq à propos du Marx du 18 Brumaire de Louis Bonaparte. Yannick Haenel a beau être inspiré ici par les Voyages en Italie de Stendhal, son récit fait songer à un Stendhal qui aurait lu Marx. De fait, il nous embarque dans une sorte de reportage métaphysique, politique et esthétique de l’Italie actuelle. Dès les premières pages, la lutte est campée : la vulgarité berlusconienne (jouissive analyse sémantico-conceptuelle du « bunga bunga ») menace de tout recouvrir, de façon quasi excrémentielle. Et pourtant, la splendeur italienne résiste, et le livre se divise en autant de « ballades », dans le ton du dolce stil novo de Dante et de ses amis, dans les sentiers de cette résistance. Agamben et Bataille (le « sacrifice » des migrants africains à Lampedusa), François d’Assise et Fra Angelico… Haenel sait s’entourer dans son voyage, et, à force de chercher, il trouve.

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