Histoire de la douleur. XVIe-XXe siècle
Une recension de Philippe Garnier, publié le« Dans la douleur il y a autant de sagesse que dans le plaisir : tous deux sont au premier chef des forces conservatrices de l’espèce », écrit Nietzsche dans Le Gai savoir. Quelle relation avons-nous à cette étrange – et pénible – sagesse ? Telle est la question qui traverse les 450 pages de ce livre. Depuis la peinture du martyre à la fin du Moyen-Âge jusqu’aux traités de neurologie des années 1970, l’historien espagnol Javier Moscoso navigue sur un océan de représentations, d’interprétations, de conceptions de la douleur.
Comment savoir si quelqu’un souffre ? Et jusqu’à quel point ? Qu’est-ce qui, dans un comportement, nous renseigne sur le degré d’intensité d’une douleur ? Celle-ci conserve, jusqu’au bout, une part d’incommunicabilité. Aussi, la représentation en est-elle soigneusement codifiée, de façon que celui qui regarde l’image comprenne bien à quel type, à quel degré de douleur il a affaire. À la fin du Moyen-âge, les affres que traverse le martyr sont figurés, non pas à travers un art expressionniste, mais par une série d’éléments visuels auxquels s’ajoute l’impassibilité du visage, signe de sainteté. Dès lors, l’impartageable douleur, pure vibration de la subjectivité, devient le moteur d’une création des formes exceptionnellement féconde.
«La douleur a cessé d’être un savoir intériorisé, un guide spirituel ou existentiel, pour devenir un symptôme à soigner»
On ne représente jamais la douleur seule. Quelque chose d’autre s’y associe toujours : la religion, l’édification ou la subversion sociale, et enfin, à partir du XXe siècle, la science triomphante. Au passage, la douleur change profondément de sens. Elle perd sa valeur de rédemption. Elle cesse d’être un signe de sainteté ou d’infamie pour devenir un mal à éliminer. Lorsque les premiers analgésiques font leur apparition, le chirurgien n’est plus guidé par les cris du patient, auparavant son seul point de repère. Il se trouve réduit à son seul savoir, sa cartographie interne du corps, dont le malade muet est dépourvu. La douleur a cessé d’être un savoir intériorisé, un guide spirituel ou existentiel, pour devenir un symptôme à soigner. « Celui qui sait » n’est plus désormais le malade, mais le médecin.
Pourtant, avec la douleur, rien n’est joué d’avance : bientôt, son pouvoir d’expression revient au centre du diagnostic. Dès la fin du XIXe siècle, on s’avise de la possibilité d’une douleur hallucinée, qu’aucune intervention physique ne saurait réduire. Bientôt, les hystéries, les traumatismes, les névroses, remettent l’expression de la douleur au centre de la scène. Même à double-fond, la parole du patient fait foi. Comme la douleur n’en finissait pas de sauvegarder, péniblement mais sûrement, la part inaliénable d’une pure subjectivité. Avec autant d’érudition que de capacité d’analyse, Javier Moscoso n’en finit pas de traquer un objet qui, d’un même mouvement, nous fonde tout en se dérobant à la représentation.
Michael Lonsdale et Javier Teixidor, l’acteur et le professeur, s’accordent sur un seul point : l’importance de la croyance. Tandis que l’un vit…
En Terra Alta, il ne se passe jamais rien. Depuis la sanglante bataille de l’Èbre en 1938, qui précipita la défaite des républicains espagnols, c’est morne…
Annoncé en tête de la présidentielle argentine du 22 octobre prochain, le favori des élections Javier Milei bouleverse le paysage politique de son pays…
La campagne de l’élection présidentielle argentine du 22 octobre a été marquée par la montée en puissance de Javier Milei. Comment expliquer…
Le nouveau président argentin surprend en cherchant à faire tenir ensemble libertarianisme et autoritarisme réactionnaire. Peu connu en France, le philosophe…
« Instant democracy » : c’est l’expression récemment utilisée par plusieurs commentateurs pour qualifier la politique menée par le président…
Le 3 octobre 2015, les médecins se mettront en grève illimitée pour protester, entre autres, contre la centralisation des données de santé…
Parce qu’ils ne séparent pas le soin de l’âme de celui du corps, les philosophes n’ont eu de cesse, depuis l’Antiquité, de prodiguer conseils et remèdes menant à la « grande santé ». Avec le médecin et philosophe Jean-Claude Fondras,…