Guérir la vie par la philosophie
Une recension de Victorine de Oliveira, publié leLa vie serait-elle une maladie ? C’est le postulat de départ mi-sérieux, mi-ironique de Laurence Devillairs, qui se souvient peut-être de ce bon mot de Woody Allen : « La vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible ». Moins pince-sans-rire que le cinéaste, Laurence Devillairs donne d’emblée le ton dans son avant-propos, un brin rabat-joie : « pour la majorité d’entre nous, vivre n’est pas un cadeau, mais une série de contraintes, de figures et d’horaires imposés », constate-t-elle. Dans la plupart des cas, « on ne décide pas de tout ; on fait avec ». Bref, pour « nous qui souffrons de divers maux », « vivre est en soi une maladie dont il nous faut guérir ». Ces « maux » vont des kilos en trop et de la sale tête dont la nature nous a affublé, au cancer, en passant par les voisins bruyants et l’addiction à la nicotine. Le spectre est large.
Le remède ? Laissez tomber l’armoire à pharmacie bourrée d’antidépresseurs et mettez-vous à… la philosophie ! Faire de la pratique et de la réflexion philosophique une véritable thérapeutique n’est pas une idée neuve. Déjà Stoïciens et Epicuriens pensaient guérir leur âme en s’exerçant à distinguer ce qui est de notre ressort de ce qui ne l’est pas, en tentant de modifier nos représentations et nos désirs plutôt que l’ordre du monde. Certaines techniques de développement personnel reprennent désormais ces « exercices », vendant l’ataraxie, l’absence de troubles de l’âme, à un large public.
Il y a du manuel dans l’essai de Laurence Devillairs, qui consacre un chapitre par problème avec son « remède » sous la forme d’un focus sur un auteur et un exemple tiré de son œuvre. Vieillir vous terrifie ? Souvenez-vous donc d’Hannah Arendt qui souligne la capacité de l’homme à innover, « commencer du neuf », faire naître de nouvelles réalités. Vous ne pensez qu’à lui/elle, vous attendez fébrilement ses textos, vos amis n’en peuvent plus de ne vous entendre parler que de lui/elle, bref, vous êtes fou amoureux ? Kant a de quoi refroidir vos ardeurs en vous rappelant que la passion amoureuse a tout du cannibalisme et que coucher avec lui/elle est un « crime de chair ». On doute un peu de l’efficacité de cette dernière prescription…
On préfère Devillairs quand elle assume franchement le côté à la fois absurde et ironique de sa démarche, comme lorsqu’elle préconise, face aux « trois fléaux sociaux majeurs » que sont « le raseur, le pygmalion et la soliloque », de carrément pénaliser l’ennui et de « punir les conversations qui ne mènent à rien ». Avec Montaigne pour alibi, on ne peut que souscrire.
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