Flamenco: Une histoire sociale

Une recension de Mathilde Lequin, publié le

Le flamenco « se chante avec des fautes d'orthographe » – dixit l'une de ses illustres figures, le grand Rancapino de Cadix. Comment un livre pourrait-il donc en dire l'essence ? Si cet art gitano-andalou se vit plus qu'il ne se comprend, le journaliste Alfredo Grimaldos nous entraîne justement, de Séville à Madrid, au plus près de ceux qui en perpétuent l'âme. Célèbres ou méconnus, ces artistes insoumis sont bien plus que des sujets d'étude sociologique : entre anecdotes piquantes et paroles de chansons déchirantes, cet ouvrage fait d'eux les héros picaresques d'une tragicomédie dans laquelle s'expriment toutes les contradictions de la vie. La flamme qui les anime, c'est le duende : un terme intraduisible qui désigne le douloureux état de grâce atteint par le cantaor, lorsque l'esprit propre au flamenco s'empare de son corps. Reprenant une formule de Goethe, le poète Frederico Garcia Lorca, fasciné par cette transe, évoquait un « pouvoir mystérieux que tous ressentent et que nul philosophe n'explique ». Il n'en reste pas moins que cette musique, si elle parle au coeur plutôt qu'à l'esprit, nous est dépeinte ici comme une véritable philosophie de vie : un art de « rire entre les larmes » qui n'a pas de prix. 

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