Expérience et nature
Une recension de Noémie Issan-Benchimol, publié le1_Expérience
La philosophie classique conçoit une séparation nette entre, d’un côté, la nature, au sens du monde constitué, de tout ce qui apparaît, et, de l’autre, l’expérience que le sujet en fait. Or, cette opposition est à la source de tous les dualismes problématiques : distinction du corps et de l’esprit, de la nature et de la culture. Pour Dewey, héritier en cela de Darwin et de son concept d’interaction du vivant avec son milieu, l’expérience n’est pas « un voile qui sépare l’homme de la nature » mais un « moyen de pénétrer toujours plus au cœur de celle-ci ».
2_Enquête
Pour ce faire, il faut renoncer au primat d’une théorie qui cherche à définir le permanent et l’universel, pour se lancer dans une « enquête de la nature », qui s’intéresse au multiple, à l’évolutif, à l’incertain. Dewey ne réserve pas cette méthode empirique aux objets de la connaissance scientifique ; il l’étend à tout ce qui est spécifiquement humain, de la morale à la politique en passant par l’art. Cette notion d’enquête, centrale chez lui et héritée de Peirce (philosophe américain fondateur du pragmatisme), est solidaire d’une conception relative de la vérité : il ne saurait y avoir de norme intemporelle du vrai. Tout, de la science aux valeurs, est par principe révisable. Cette méthode propose à l’esprit de créer de nouvelles valeurs, en accord avec le monde, ses évolutions, ses perplexités et ses défis.
3_Naturalisme empirique
Dewey définit cette méthode comme un « naturalisme empirique, un empirisme naturaliste » ou encore un « humanisme naturaliste ». Un naturalisme, car il s’agit d’établir la continuité de l’expérience et de la nature. Humaniste, car cette continuité permet de passer du fait (de l’être) aux valeurs (au devoir être) sans pour autant les confondre. Comme pour les objets de la science, Dewey a des valeurs une conception instrumentale : « Les valeurs sont interprétées comme des qualités intrinsèques des événements dans leur référence consommatoire. » Pour le pragmatiste, l’utilité pratique devient le critère principal d’évaluation et il n’a pas de mots assez durs pour cette philosophie qui se drape dans le théorique comme on se drape dans la dignité et réduit l’utile au futile.
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