Écrits complets, en deux volumes
Une recension de Philippe Garnier, publié le« Écrivain du cinéma », selon François Truffaut, André Bazin fut l’un des piliers de la critique cinématographique des années 1950. Animateur inlassable de ciné-clubs, co-fondateur des Cahiers du Cinéma, il influença au moins deux générations de réalisateurs mais contribua surtout à former le goût du public, et pas seulement en France. Avant Bazin, on se contentait surtout de parler du « thème » du film et de son histoire. Bazin, lui, s’intéresse au moins autant à la façon dont le film est fait. Sa pédagogie porte sur sur les lumières, sur les décors, sur le mouvement de la caméra. Par-là même, il remet le réalisateur au centre du jeu. Mort d’une leucémie à 40 ans, en 1958, juste avant la Nouvelle Vague, il est l’inspirateur d’une époque qu’il n’a pas eu le temps de connaître. À peine s’il a pu voir émerger les œuvres d’Alain Resnais, de Stanley Kubrick, d’Agnès Varda ou de Chris Marker.
Comme le rappelle Hervé Joubert-Laurencin dans son introduction, Bazin considère que les films « naissent libres et égaux en droits », depuis la comédie légère jusqu’au film expérimental, en passant par ces chefs-d’œuvre populaires que réalisent à l’époque Capra, Huston, Welles et bien d’autres. En seize ans, entre Le Parisien libéré, Radio-cinéma-télévision (l’ancêtre de Télérama) et surtout les Cahiers du cinéma, il publie plus de deux mille huit cent textes auxquels cette édition luxueuse, exhaustive et monumentale rend enfin justice.
En chaque œuvre, qu’elle soit médiocre ou fulgurante, Bazin tente de retrouver le principe d’une loi intérieure. Que veut être ce film et surtout, en quoi échappe-t-il, par le haut ou par le bas, à ce qu’il prétendait accomplir ? Au cinéma, tout fait sens, même ce qui n’est pas censé signifier. Il n’existe pas de procédé neutre. Et si Bazin saisit l’essentiel, c’est parce il ne dissocie jamais l’esprit de la technique. Ainsi, lorsqu’il évoque ce « poème de la vitesse » qu’exprime le montage de La Soif du mal d’Orson Welles. Ou encore lorsqu’il pointe l’effet « d’irréalité réaliste » que produit l’utilisation de la couleur dans Moby Dick de John Huston. Ses propos sur l’art de la construction chez Hitchcock – art qui remplace le récit lui-même –, sont d’une perspicacité saisissante. La richesse de Bazin vient de ce qu’il ne plaque jamais la même grille de lecture. Pour chaque réalisateur, et même chaque film, il fait émerger un concept central et va jusqu’à forger une herméneutique à part, une science du déchiffrement qui ne servira qu’une fois.
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