Dieu en 4 leçons de philosophie
Une recension de Cédric Enjalbert, publié leEn plagiant Paul Valéry parlant de la mort, le journaliste Robert Maggiori dit de Dieu qu’en parler, « c’est toujours parler d’autre chose ». Et de quoi, au juste ? De la construction des mythes, du phénomène érotique, du besoin de croire, de la constitution des sociétés…
Quatre intellectuels ont été passés à la question, par Robert Maggiori dans le cadre des Master Class de Libération, éditées sans trop d'apprêt, avec une austérité qui solicite un surcroît d'attention et d’intérêt. Au côté du philosophe Rémi Brague, exposant comment l’athéisme s’autodétruit, et de la psychanalyste Julia Kristeva, sondant les ressorts humains du besoin de croire, sont également interrogés le philosophe des sciences Michel Serres et son confrère académicien, le phénoménologue Jean-Luc Marion.
Ce dernier démontre, avec prestesse et rigueur, en une heure, combien « la question de Dieu survit à la mort de Dieu », car l’heureuse déconstruction d’une icône, achevée avec Nietzsche, laisse finalement le champ libre à une véritable réflexion philosophique sur Dieu, non idolâtre. Où vous apprendrez également, grâce à l’académicien, ce qui rapproche Dieu du phénomène érotique. Vous avez bien lu : selon lui, ces deux « phénomènes saturés » ont pour fondement d’être connaissables sans être pour autant compréhensibles. Un paradoxe qui vaut de jeter un œil à cette brillante « leçon de philosophie ».
Quant à Michel Serres, que peut-il bien penser de Dieu ? Pas grand chose, à dire vrai. Il s’en excuse. Il a refusé d’en parler, « pour une raison très simple ». Selon lui « l’étalage d’une foi exaltée ou d’un athéisme militant […] n’a aucun intérêt parce que c’est du spectacle. C’est le spectacle de A contre B ou de A contre non-A. Ça n’a jamais fait avancer les choses. Ce qui fait avancer les choses au contraire c’est de porter la lucidité dans un lieu qui est vraiment une boite noire. »
Prenant au pied de la lettre l’idée que parler de Dieu, c’est toujours parler d’autre chose, Michel Serres avance donc en historien des religions montrant, après Mircéa Éliade, Georges Dumézil, René Girard et Philippe Descola, comment des motifs récurrents, des invariants, hantent toute l’histoire humaine. Sa conclusion ? « L’histoire des religions n’est pas une histoire mais une recherche ». Une conclusion œucuménique qui devrait mettre tout le monde d’accord. Amen.
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