Demande : Littérature et philosophie
Une recension de Géraldine Mosna-Savoye, publié leDepuis Platon, la poésie n'a pas eu bonne presse aux yeux de la philosophie : de son bannissement de la République par le philosophe grec jusqu'à la « tentation gluante de la poésie » que dénonçait Bataille en passant par son auto-dissolution dans le système d'Hegel. La poésie, nous dit pourtant le philosophe Jean-Luc Nancy, ne saurait se réduire à désigner « une espèce de discours, un genre parmi les arts, ou une qualité » comme l'on dit au sens figuré de quelqu'un ou d'un paysage qu'il est poétique. Et d'ajouter : « “Poésie” n'a pas exactement un sens […]. Elle est par essence plus et autre chose que la poésie elle-même ». Dispersée, excessive, imagée, rebelle à une définition unique, ne serait-ce pas alors la poésie elle-même, et plus largement toute forme de littérature, qui rejette la philosophie et sa tâche de caractérisation, d'indication et de désignation ?
« “Poésie” n'a pas exactement un sens […]. Elle est par essence plus et autre chose que la poésie elle-même »
Jean-Luc Nancy
De ce jeu du chat et de la souris, c'est tout autant en philosophe qu'en poète, et surtout en lecteur, d'Hölderlin, Laurence Sterne ou encore Blanchot, que Jean-Luc Nancy s'est fait, depuis trente-cinq ans, le commentateur passionné. Disséminés jusqu'ici, les textes rassemblés dans Demande. Littérature et philosophie tracent le fil conducteur de sa pensée qui ne veut renoncer ni à la sagesse de l'une ni au mythe de l'autre, ni à la méthode de la première ni aux errances de la seconde. Mais si philosophie et littérature ne cessent de se « demander l'une à l'autre », que se répondent-elles au juste ? Tout est justement une question de sens, ou plutôt une « réponse du sens », précise Nancy : philosophie et littérature ne se répondent pas comme l'on répond à une question, elles se répondent plutôt comme des voix résonnent l'une avec l'autre. Car chacune partage avec l'autre de « dire l'être ou être (faire être) le dire » : que ce soit la philosophie qui « commence exactement là où le sens est interrompu », qui « arrache au sens déposé, sédimenté […] et qui jette vers du sens possible », ou qu'il s'agisse de la littérature, cet « accès au sens », avec qui « soudain (facilement), l'être ou la vérité, le cœur ou la raison, cèdent leur sens ».
Parce que chacune est le dehors de l'autre, interroge et détient sa vérité, pourquoi vouloir encore les opposer, ou, ce qui revient au même, les fondre en un « poème de raison » ou une « raison philosophique » ? Ces textes nous demandent plutôt de déborder cette alternative et d'aller vers l'art, « ce nom qui flotte entre les deux ».
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