D’Ailleurs, Derrida (DVD)

Une recension de Juliette Cerf, publié le

Un voyage aux côtés de Derrida ? Réalisé en 1999 par Safaa Fathy – et accompagné de deux autres films –, le bien nommé D’Ailleurs Derrida tisse un portrait nomade du philosophe né en 1930 à Alger et disparu à Paris en 2004. « Ce qui vient à moi sous le nom de l’écriture, de la déconstruction, n’a pas pu ne pas procéder de cette étrange référence à un ailleurs », confesse-t-il d’emblée. À l’instar du moi, les espaces sont toujours autres, comme le révèle son souvenir de la synagogue de son enfance, une ancienne mosquée. Ce penseur de l’écheveau des voix hétérogènes que l’on a en soi est filmé dans les différents lieux où il a vécu et enseigné, en Algérie, aux États-Unis, en France et en Espagne, sur les traces de ses « origines supposées judéo-espagnoles ». À Tolède, il se souvient qu’il découvrait le tableau du Greco, L’Enterrement du Comte d’Orgaz lorsqu’on lui annonça le dernier soupir de sa mère, qui avait « ressuscité » quand il parvint à ses côtés. Un cours sur le pardon ; les paroles de Jean-Luc Nancy évoquant leur longue amitié ; une visite de son « sublime », bureau secret situé sous les toits. En guise de final, Jacques Derrida réfléchit sur l’hospitalité, rappelant que dans la culture nomade un voyageur perdu devait être accueilli pendant au moins trois jours. « Cet ailleurs, cet au-delà de la limite, est en soi. Dans le cœur, dans le corps. L’ailleurs est ici. S’il était ailleurs, ça ne serait pas l’ailleurs. »

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