Chanter : Reprendre la parole

Une recension de Philippe Nassif, publié le

Au commencement, il y a la parole. Oui mais à l’origine ? C’est dans le chant que notre être s’enracine. Telle est l’idée qui rythme le riche essai de l’écrivain et philosophe Vincent Delecroix. De sa table de travail, il entend sa femme cantatrice répéter ses arias… et compose du coup des phrases comme : « Le désir est chantant avant de prendre la parole. » L’auteur explore le chant sous toutes ses tonalités. Le poète américain Walt Whitman « chante le corps électrique », tandis qu’Homère délivre le secret du chant des sirènes. On assiste au tragique destin de rock star d’Orphée. Platon utilise le chant à des fins pédagogiques, Kierkegaard est fasciné par sa libération chez Don Giovanni de Mozart, pure expression du désir. On entend encore la vulgarité bonasse des comédies musicales françaises ou les modulations vocales éternellement adolescentes des chanteurs pop. S’explicite ainsi un démocratique exercice de soi auquel, sans doute, nous devrions être plus attentifs : après tout, chanter, n’est-ce pas se donner la possibilité de laisser vibrer à l’unisson toutes les dimensions de notre être ?

D’où l’intuition de Delecroix : une époque qui chante tant ne peut être aussi désenchantée qu’elle le prétend. Il ne s’agit pas d’entonner le refrain du réenchantement du monde. Mais de comprendre que le présent est ouverture : « Un lieu […] où l’on joue sa parole, où on la risque, où l’on peut effectivement la perdre, où l’on peut la reprendre. » Et d’ajouter, « reprends-la : chante ».

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