Ce peuple L'existence juive
Une recension de Pierre-Emmanuel Dauzat, publié leDans la longue lignée des « témoins du futur » du judaïsme allemand, Léo Baeck (1873-1956) se singularise, au même titre que Hermann Cohen, Franz Rosenzweig et Martin Buber, par l’intensité du dialogue qu’il a noué avec le christianisme et les Évangiles. Dès sa jeunesse, pourfendeur d’Adolf von Harnack qui entendait réhabiliter l’« hérétique » Marcion et rêvait d’un christianisme émancipé de ses racines juives, le jeune rabbin philosophe veut rappeler les chrétiens à la raison en plaidant, au contraire, en 1938, que les Évangiles des chrétiens sont une source juive parmi d’autres. Mais c’est la guerre qui transforme ce penseur et pasteur original en homme d’exception : réduit à ramasser les détritus dans les rues de Berlin jusqu’en 1942 puis interné à Theresienstadt, il refuse les possibilités d’évacuation tant que tous les malades du camp n’ont pas été pris en charge. De son expérience d’enseignement de la Torah dans l’enfer d’un camp de concentration et de son assistance auprès des malades du typhus dévorés de haine au point de vouloir contaminer les internés restés sains, est né ce livre unique, Ce peuple. L’existence juive, qui est un peu à la philosophie juive ce que Si c’est un homme de Primo Levi est à la littérature. La densité de cette somme, lumineuse et difficile, défie tout résumé. Dans la lignée de Hermann Cohen et de Religion de la raison tirée des sources du judaïsme, il entend repenser la religion juive et trouver des raisons d’espérer quand Auschwitz – il ne le savait que trop – avait sonné le glas de la foi de toute une génération de ses coreligionnaires. Si, en filigrane, le constat est accablant pour « l’amour du prochain » des chrétiens, la force de Léo Baeck est de rappeler inlassablement qu’aucune concession à la haine n’est tolérable : le judaïsme, c’est l’universel moins les murs de la haine. Marchant sur les brisées de son maître de Marbourg, il ne cesse de rappeler que non seulement la haine ne peut avoir de fausse raison, mais qu’elle n’a pas de raison du tout. « Toute raison de haïr est une fausse raison. Tout motif de haïr est nul et non avenu. La haine est toujours sans motif. Telle est la profonde sagesse qui surpasse l’obligation d’aimer son ennemi. » De ce singulier refus de la haine, à l’ombre de la Shoah, procède la force de la réponse que Léo Baeck apporte à la question juive : la force de l’éthique individuelle face à « un Dieu qui est, sans être, tout en étant parce que l’advenir est venu avant que d’avoir été et adviendra parce qu’il a été ».
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