BettieBook
Une recension de Philippe Garnier, publié leQu’est-ce qu’un critique littéraire ? Quelqu’un qui élabore un jugement de valeur sur les livres ? Quelqu’un qui flatte le goût majoritaire du public ? Quelqu’un qui renvoie les ascenseurs ? Quelqu’un qui regrette la disparition de la litterature ?
Un peu de tout cela sans doute. Mais c’est aussi une question de génération. À 40 ans, Stephan Van Hamme, alias Stephan Sorge, alias SS pour ses détracteurs, est déjà un fossile. Il éparpille ses chroniques entre Lovely Day, Amazon et Le Monde des Livres. Mi-institutionnel, mi-larbin, il incarne la condition de l’intellectuel précaire des trente dernières années. Quelques miettes de reconnaissance éphémère le consolent de la médiocrité de son statut.
Aux antipodes de cette sous-caste déclinante, Betty Leroy, alias Bettie Book, vingt ans de moins, gagne sa vie dans un institut de bronzage et fédère chaque semaine des dizaines de milliers d’internautes sur son site de booktubeuse. Sa spécialité : la dystopie et le roman d’anticipation, qu’elle lit en anglais aussi bien qu’en français. À des milliers de followers, elle fait partager chaque semaine ses coups de cœur. Elle ignore les codes de la critique et n’a de comptes à rendre à personne.
La rencontre des deux univers est explosive. Sous la plume alerte et joueuse de Frédéric Ciriez, tout s’enchaîne à une vitesse fulgurante : Stephan Sorge accepte un reportage sur le monde du booktubing, drague la booktubeuse en lui faisant miroiter un voyage aux États-Unis, accepte une scène d’amour où ils se masquent en Tom et Jerry, tandis qu’un vibromasseur endoscopique envoie des images sur l’écran de l’ordinateur. Le coït masqué se transforme en vidéo virale. Le piège se referme. Betty intente à Stephane Sorge un procès, que Frédéric Ciriez transforme en une brillante performance de jargons professionnels contemporains, depuis les attendus judiciaires jusqu’à l’expertise du sémiologue.
Comme les écrivains chez Roberto Bolaño, les critiques littéraires sont ici d’excellents personnages de fiction : ils incarnent une crise de valeurs permanente. Depuis Des néons sous la mer (Verticales, 2008 ; réed. Folio, 2010), une pulsation rapide, fiévreuse, parcourt les romans de Frédéric Ciriez. Le tableau sociologique réaliste s’efface au profit d’une sismographie plus fine, bouffonne, impitoyable, qui prend le pouls du monde et en dessine la pente vertigineuse.
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