Au Péril de l'humain. Les promesses suicidaires des transhumanistes

Une recension de Charles Perragin, publié le

Certains ont pour ambition de déplacer les objets avec la voix, d’autres de stocker des données sous notre peau, de rajeunir nos cellules ou de nous permettre de voir la nuit pour… diminuer l’intensité de l’éclairage public. Jacques Testart, biologiste connu pour avoir pratiqué la première fécondation in vitro en France, et la journaliste Agnès Rousseaux, retracent le « storytelling du mouvement transhumaniste », un mouvement qui conçoit un « humain en transition, toujours en bonne santé, à l’intelligence inédite, et à la longévité décuplée ». Une transition qui pourrait même trouver sa limite dans ce que l’on appelle la posthumanité, une vie affranchie de la condition biologique de l’homme.

Au-delà du panorama factuel des projets dans les domaines des nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives, les auteurs identifient le transhumanisme comme une « idéologie de remplacement » tandis que le capitalisme, avec ses crises économiques et la montée des inégalités sociales, n’a plus de perspectives à offrir. Le transhumanisme se caractérise, lui, par une profusion de promesses, et par une grande confusion. Des recherches concrètes sur les prothèses bioniques ou la stimulation magnétique du cerveau se mêlent aux fascinations pour les utopies post-humaines, le tout saupoudré d’une certaine complaisance dans un « catastrophisme jubilatoire ».

Il s’agit de résister. Même si l’avènement d’une posthumanité n’est pas pour demain, « le projet technoscientifique avance discrètement, sans que ses conséquences potentielles soient discutées par les citoyens, dans les instances de réflexion éthique et par le Parlement ». À l’heure où l’idéologie du progrès a retourné sa veste, où la transhumanité influence les recherches, mobilise des investissements colossaux, se diffuse dans les médias et paraît inéluctable, il est urgent de tracer une ligne entre la thérapie et le business du corps amélioré. Se donner enfin d’autres rêves, et « développer des stratégies pour dépasser anthropocentrisme, consumérisme et productivisme ».

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