Art et Philosophie
Une recension de Géraldine Mosna-Savoye, publié leSur la page de gauche, Un enterrement à Ornans, quarante-six personnages que Gustave Courbet a alignés en frise : des notables, des vignerons, des enfants, des femmes en pleurs qui assistent à un enterrement sous un ciel pluvieux. Sur la page de droite, des Boîtes de soupe Campbell : trente-deux boîtes reproduites à l'identique par Andy Warhol, de la même couleur, du même format, avec pour seule différence la variété de la soupe. Mais que peuvent bien avoir en commun ce « tableau de figures humaines » de la moitié du XIXème siècle et cette sérigraphie de 1962 d'un objet de consommation bon marché et produit en masse, pour être ainsi mis en miroir ? Entre l'œuvre monumentale de Courbet et celle, non moins monumentale, de Warhol, on aurait tort cependant de ne voir que ce qui peut se... voir ! Leur point commun ne se perçoit qu'à la condition de ne réduire l'art « ni à l'imitation de la nature, ni à l'exigence formelle, ni au divertissement », mais d'y voir, par leur rapprochement, le témoignage d'une « grande interrogation philosophique enracinée en nous ».
« L’art n'est pas qu'une illustration de la philosophie »
Car tel est bien le pari de ce grand et bel ouvrage d'Anne Dalsuet, nous montrer que l'art, « qu'il s'agisse d'une fresque, d'un tableau, d'une sculpture, d'une vidéo (…) ne donne pas seulement à percevoir », mais partage avec la philosophie « l'étonnement, l'attention, la confrontation, le questionnement, la problématisation ». Entre le tableau de Courbet qui symbolise l'abolition de toutes les distinctions sociales face à la mort, et les boîtes de soupe de Warhol qui, par la force de la répétition mécanique de l'image, « interroge le risque de l'égalitarisme et du nivellement », il y a donc d'un côté ce qu'on voit, et de l'autre un problème, avec une seule et même question : doit-on préférer l'égalité ?
Parce qu'il ouvre « l'espace de la pensée sous une forme qui lui est propre », l'art n'est pas qu'une illustration de la philosophie : Rembrandt, Lucian Freud et Yves Klein n'ont pas besoin des concepts pour demander « suis-je mon corps ? », Jackson Pollock et William Turner « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? », ou encore Marcel Duchamp et Jacques Linard « peut-on toucher avec les yeux ? ». De la Renaissance à l'art contemporain, et en pas moins de trente-cinq questions, l'art est ici l'occasion de penser en regardant autrement. Mieux : il s'illustre comme le renouvellement de l'art… de l'interrogation philosophique elle-même.
La disputatio publique organisée la semaine dernière à la Sorbonne n’était pas seulement une affaire d’adultes : des lycéens ont aussi été…
Après la Première Guerre mondiale, l’idée de progrès comme l’héritage des Lumières sont réduits en cendres. Sur ces ruines, Martin Heidegger,…
Le 30 novembre 2020, la chanteuse Anne Sylvestre nous quittait. Deux ans après la mort de cette autrice-compositrice-interprète, dont la carrière connaît…
Refermé sur lui-même, l'art américain ? C’est cette idée reçue que bat en brèche cette exposition visible jusqu'à fin septembre à La Vieille…
Allié majeur de la Russie, la Chine adopte, depuis le début de l’invasion ukrainienne, une position ambiguë. Fidèle à son partenariat fort avec…
Deux expositions sont actuellement consacrées à l’Art nouveau : l’une à l’École des Arts Joailliers, à Paris, l’autre au musée du Verre François…
Deux expositions célèbrent l’Art nouveau : l’une à Paris, l’autre à Conches-en-Ouche, dans l’Eure (27). L’occasion d’explorer la philosophie de ce mouvement…
Le philosophe Pierre Guenancia rend hommage à son confrère Alexandre Matheron, disparu le 7 janvier 2020. Il loue la méthode de ce spécialiste de Spinoza, et son importance pour l’histoire de la philosophie.