14 juillet
Une recension de Catherine Portevin, publié leIl semblerait qu’il y ait de la révolution dans l’air. On ne s’offrira pas le ridicule de prédire l’imminence de l’insurrection en cette année électorale. Mais enfin, l’on peut tout au moins remarquer combien la Révolution, la « vraie », celle de 1789, redevient aujourd’hui un « sujet » pour les artistes et les philosophes : à l’automne 2015, il y eut au théâtre les spectacles de Marcel Bozonnet, Soulèvement(s), et de Joël Pommerat, Ça ira (1) La Fin de Louis (repris cette saison au Théâtre des Amandiers), puis, en octobre 2016, le livre de Jean-Claude Milner qui oblige à « relire la Révolution » (Ed. Verdier). Et voici, le 14 Juillet de l’écrivain Éric Vuillard, qui met en récit le vertige de l’émeute révolutionnaire telle qu’elle s’est enflammée un jour de canicule dans le Faubourg Saint-Antoine, à Paris. Au philosophe, il laisse la question de l’Idéal pour interroger celle, peut-être bien plus délicate, du peuple.
L’histoire des vaincus ou des vainqueurs oubliés
De livre en livre, Éric Vuillard creuse ainsi sa relation à l’Histoire qui est relation à la fois au réel, dans ce que celui-ci a de plus simple, concret, vivant, et aux imaginaires de la mémoire. Il s’agit chaque fois de travailler l’histoire : que ce soit pour raconter la colonisation du Congo (Congo), la Première guerre mondiale (La Bataille d’Occident), Buffalo Bill (Tristesse de la terre) ou, donc, la Révolution, il faut, dit-il, « écrire ce qu’on ignore ». Mais chez l’écrivain, l’ignorance de l’Histoire ne se comble pas par la fiction mais au contraire par l’exploration de ce que souvent les historiens n’écrivent pas : l’histoire des vaincus ou des vainqueurs oubliés. En l’occurrence, celle des Mercier, Jean-Jean, Fagotte et Branchon, Pinon, le bottier, Motiron, le fabricant de lacets et Marie Choquier, la fille de la marchande de vin de Laval… « c’est dingue ce qu’un faubourg contient de vies. » C’est en cela qu’Éric Vuillard tente de redonner sa noblesse à un véritable récit populiste. Il a écumé les archives, noté les noms, les âges, les métiers, consulté les bulletins météo : il faisait si chaud ce 14 juillet, on était dans la rue, on parlait, on buvait, et petit à petit l’émeute a gonflé du côté de la prison, il a fallu passer le fossé, essuyer les canons, Sagault est mort.
Contre l’épopée de Michelet qui héroïse le peuple à partir de son délégué Thuriot de la Rosière, Vuillard raconte comment il s’excite, et s’excède, et fait l’Histoire en en sortant. Et finit avec grâce par un joyeux appel à l’insurrection : « on devrait, lorsque le cœur nous soulève, lorsque l’ordre nous envenime […] forcer les portes de nos Élysées dérisoires ». Ah, ça ira !
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