La mélancolie

publié le 3 min

Spleen, mal de vivre, langueur, humeur noire, tristesse, neurasthénie… Sans origine définie, elle devient sa propre cause et s’oublie dans le théâtre de la vie.

C’est une folie sans fièvre, un délire serein. Un dégoût de la vie, mais sans désir de mort. Un « à quoi bon ? » sans révolte, un dépit sans colère, un repli sur soi qui n’en veut à personne. C’est la routine de l’existence, le mal de vivre auquel on s’habitue, une tristesse en apesanteur, une blessure que n’accompagne aucun sentiment d’injustice, plus proche de l’ennui que du désespoir. Tout est pénible au mélancolique, hormis la vie elle-même. L’existence, à ses yeux, n’est pas un drame, mais une errance dans l’incurable, une persévérance que rien ne justifie. Suicidaire ? Pas vraiment. La mélancolie ne conserve du suicide que l’art de contempler le monde avec l’indifférence curieuse d’un mort en sursis, dont le tempérament de spectateur fait de chaque geste le transfuge d’un tableau. « On devrait marquer au fronton des cimetières : “Rien n’est tragique, tout est irréel” », suggère Cioran. En ramenant l’univers aux sensations, la mélancolie met le réel à portée de rêve.

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